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#ArroseurArrosé 4 : Amanda, relaxée de poursuites en dénonciation calomnieuse

2019-04-23T10:54:34+02:0019 avril 2019|, |

Amanda est une jeune femme canadienne qui travaillait en France pour un tatoueur parisien, contre qui elle a porté plainte pour ce qu’elle qualifie de « chantage sexuel » ou de « pressions sexuelles ». Au terme d’une instruction pénale, le tatoueur est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour agressions sexuelles (le « chantage sexuel » décrit par Amanda est qualifié de viols qui sont correctionnalisés), travail dissimulé et détention illégale d’armes. Bien entendu, il est condamné pour les deux dernières infractions et relaxé du chef d’agression sexuelle. Amanda interjette appel sur les intérêts civils afin d’être indemnisée des préjudices liés aux rapports sexuels imposés ; la Cour d’appel la déboute.

Elle est alors citée devant le tribunal correctionnel pour dénonciation calomnieuse par le tatoueur, par l’entremise de Me Geronimi, l’avocate de celui-ci.

C’est à ce moment-là qu’elle nous appelle, car elle est perdue, ne comprend rien et est remontée contre la « justice » française, après une instruction pénale très maltraitante et l’échec de la procédure pour viols. Elle est à la recherche d’une « avocate féministe », demande qui nous paraît tout à fait raisonnable. Nous l’orientons vers Me Marjolaine Vignola.

La relaxe prononcée par le tribunal correctionnel le 12 février 2018 tiendrait en un post sur Twitter : « Il n’est pas établi qu’au moment où [Amanda] a déposé plainte contre M. R., avant qu’il soit relaxé, elle n’avait pas conscience du fait que les faits dénoncés pouvaient être faux. »

Mais même avec une motivation si indigente, le tribunal est capable de s’égarer dans une double négation ! Il faut bien sûr lire, puisque le tribunal relaxe Amanda :

« Il n’est pas établi qu’au moment où [Amanda] a déposé plainte contre M. R., avant qu’il soit relaxé, elle avait conscience du fait que les faits dénoncés pouvaient être faux« .

Cette motivation a par ailleurs de quoi surprendre. Pas tant parce que le tribunal recherche l’état d’esprit dans lequel était Amanda au moment de sa plainte, passage obligé pour déterminer si elle était de bonne ou de mauvaise foi. Mais en raison de la précision temporelle qu’elle apporte : « Il n’est pas établi qu’au moment où [Amanda] a déposé plainte contre M. R., avant qu’il soit relaxé, elle avait conscience du fait que les faits dénoncés pouvaient être faux. ». A moins que la 10ème chambre du tribunal correctionnel parisien soit tombée dans une faille spatio-temporelle, ou que la justice patriarcale relaxe désormais les agresseurs avant même que les victimes aient décidé de porter plainte contre eux, on se doute bien qu’Amanda a porté plainte « avant qu’il soit relaxé » !

Mais alors pourquoi une telle précision ? Mais bon sang mais c’est bien sûr ! Amanda ne pouvait pas savoir si elle disait vrai ou faux tant que la justice pénale ne s’était pas prononcée ! En prenant les femmes pour des tartes, la justice les déclare irréfragablement innocentes. « Moi, calomniatrice ? Ah mais pas du tout. J’ai porté plainte pour agression sexuelle mais comme j’ignore si je vais gagner ou perdre, je suis nécessairement de bonne foi ! ». Pas mal.

Ce jugement rappelle une fois de plus les circonvolutions que doivent trouver les juges saisis d’une plainte pour dénonciation calomnieuse, en raison d’une rédaction qui reste problématique en dépit de sa modification en 2011.

Bref, Amanda, dont le tribunal jugea par ailleurs « qu’elle était profondément déprimée suite à ces événements et qu’elle avait été encouragée à porter plainte par d’autres salariés » fût considérée de bonne foi et donc relaxée.

Nous lui laissons le mot de la fin, d’abord en texte (mail envoyé à ses ami.es, son avocate et à l’AVFT) :

« Merci encore à vous car sans vous, je n’aurais pas eu la force de me battre contre ce monstre et ce système (qui nous rend la tâche plus difficile) et grâce à vous, j’ai gagné et j’ai été innocentée de dénonciation calomnieuse pour avoir dénoncé mon agresseur après 6 ans de bataille!!! C’est une réussite pour tous les femmes! Ensemble nous sommes plus fortes contre cette système patriarcal merdique! Merci merci merci! Je me considère un des plus chanceuse femmes au monde de vous connaître et de mériter votre soutien émotionnel, financier ou logistique. Je suis bien rentrée à Montréal et je me sens très fière de qu’est-ce que nous avons pu accomplir ensemble. »

Puis en image, devant les grilles du palais de justice après le délibéré :

Marilyn Baldeck

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